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Archive pour novembre, 2011

Souvenirs Lointains

La ligne de métro fait trembler les carreaux

La chambre reste close on n’y peut s’endormir

Elle abrite les restes d’un lit à barreaux

Je garde en souvenir la cage où j’aimais rire

 

Le bois ne cédant pas je sautais la barrière

Et poursuivais le chat jusqu’à son nid de poils

Dans une chaude ambiance, bien qu’éloigné du poêle

Je m’endormais souvent contre la bête fière

 

Le chien, lui, m’emmenait sur la blanche terrasse

Où poussait, apaisante, comme une jungle vaste

L’été les fleurs offraient des sensations nouvelles

L’hiver sous la verrière passait le chaud soleil

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Save Our Souls

J’ai jeté la bouteille au large de la mer

Le poète a su dire ses espoirs solitaires

En six mots griffonnés sur un vieux parchemin

Ultime appel aux siens: «Dans mon île on est bien»

 

J’invite à mes repas quelques cochons sauvages

Au sable je dessine des oeuvres éphémères

Le cercle d’horizon est ma juste frontière

Royaume de corail, la fin d’un long voyage

 

Comme une femme trouverait là sa convenance

Car dans mon cœur elle ne serait que préférence

Amie, vois ce flacon qui garde le parfum

De la libre présence d’un homme dans ton destin.

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La rappel de soi

     Je suivais un jour la Liteyny dans la direction de la perspective Nevsky et, en dépit de tous mes efforts, j’étais incapable de maintenir mon attention sur le « rappel de moi-même ». Le bruit, le mouvement, tout me distrayait. A chaque instant, je perdais le fil de mon attention, le retrouvais et le reperdais.

     Pour finir j’éprouvai envers moi une sorte d’irritation ridicule et je tournai dans une rue à gauche, fermement décidé, cette fois, à me rappeler moi-même au moins pour quelque temps, en tout cas jusqu’à ce que j’aie atteint la rue suivante. J’atteignis la Nadejdinskaya sans perdre le fil de mon attention, sauf peut-être pour de courts instants. Alors, me rendant compte qu’il m’était plus facile, dans les rues tranquilles, de ne pas perdre la ligne de ma pensée, et désirant m’éprouver dans les rues plus bruyantes, je décidai de regagner la Nevsky en continuant à me rappeler moi-même.

     Je l’atteignis sans avoir cessé de me rappeler moi-même et je commençais déjà à éprouver l’étrange état émotionnel de paix intérieure et de confiance qui suit de grands efforts de cet ordre. Juste au coin de la Nevsky, il y avait le magasin qui me fournissait des cigarettes. Continuant à me rappeler moi-même, je me dis que j’allais entrer et en commander quelques boîtes.

     Deux heures plus tard, je me réveillai dans la Tavricheskaya, c’est-à-dire fort loin. J’allais en traîneau chez l’imprimeur. La sensation du réveil était extraordinairement vive. Je peux presque dire que je revenais à moi. Je me souvins aussitôt de tout : comment j’avais parcouru la Nadejdinskaya, comment je m’étais rappelé moi-même, comment j’avais pensé aux cigarettes et de quelle façon à cette pensée j’étais tombé, comme anéanti, dans un profond sommeil.

     Néanmoins, tandis que j’étais ainsi englouti dans le sommeil, j’avais continué à exécuter des actions cohérentes et opportunes. J’avais quitté le magasin de tabac, téléphoné à mon appartement de la Liteyny puis à l’imprimeur. J’avais écrit deux lettres. Ensuite, j’étais encore retourné à la maison. J’avais remonté la Nevsky par le trottoir de gauche jusqu’à la Porte Gostiny avec l’intention de gagner l’Offitzerskaya. Changeant alors d’avis, parce qu’il se faisait tard, j’avais pris un traîneau pour aller chez mon imprimeur dans la Kavalergardskaya.

     Et chemin faisant, le long de la Tavricheskaya, je commençai à sentir un étrange malaise, comme si j’avais oublié quelque chose. Et soudain je me rappelai que j’avais oublié de me rappeler moi-même.

 

Ouspensky, Fragments d’un enseignement inconnu.

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Quelqu’un devant mes yeux (ou vivre l’amour fou à voir l’Invisible)

Devant moi chaque instant tes yeux noirs me rassurent

Et jamais mon regard pour ailleurs fuit le tien

De tous côtés comme une mouche j’évite les murs

Et Tu sera tout près de moi je le veux bien

 

Ma raison déraisonne et sonne la folle danse

Et célèbre ma vie qui vient juste de naître

Que veux-tu ? Qui es-tu ? Que me veux-tu ? Silence.

Tu es là et toujours ton regard me pénètre

 

Et ta voix que j’entend parfois comme un murmure

Qui est d’une tendresse à tomber à genoux

Mon ami anonyme que suis-je donc pour toi ?

 

La nuit passe et la route s’élargit et perdure

Je poursuit le chemin droit devant à me taire

Habitué aux sourires qui répondent aux pourquoi

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Transformation impersonnelle

     «Un enseignant bouddhiste raconte qu’il s’attendait avec l’éveil à une “transformation personnelle”. Il eut la surprise de voir qu’en fait une “transformation impersonnelle” s’accomplissait. Il s’agit d’une ouverture du cœur et non d’un changement de personnalité. Cet enseignant poursuit: 

     « Sous de nombreux aspects, la transformation spirituelle de ces dernières décennies fut différente de ce que j’avais imaginé. Je suis toujours la même personne bizarre avec à peu près le même style et les mêmes modes d’être. Extérieurement, je ne suis donc pas cette personne éveillée, transformée de façon incroyable, que j’avais espéré devenir au début. Mais intérieurement, une grande transformation s’est opérée. Ces années de travail sur mes sentiments et mes rapports familiaux ont adouci mon humeur et ma manière de les aborder. A travers mes luttes menées pour connaître et accepter ma vie en profondeur, celle-ci s’est transformée, mon amour s’est développé et élargi. Ma vie ressemblait à un garage encombré dans lequel je passais mon temps à me cogner contre les étagères et à me juger moi-même; aujourd’hui, c’est comme si j’avais déménagé dans un hangar à avion avec les portes ouvertes. Toutes mes vieilles affaires sont là mais elles ne m’encombrent pas comme avant. Je suis toujours le même mais maintenant je suis libre de bouger et même de voler. » 


     «Lorsqu’on demanda à Ram Dass si, après toutes ces années de discipline spirituelle, sa personnalité avait changé, il se mit à rire et répondit que non. Il affirma, à la place, être devenu “connaisseur de mes névroses”.Dès le moment où nous savons que nous sommes, dans notre essence, le Tout, acceptons notre forme manifestée (au moins jusqu’à la mort), acceptons d’être tulipe, ou rose, ou simple lavande, et embellissons la terre avec la seule chose que nous sachions bien faire: être nous-mêmes — quoique toute une vie n’est peut-être pas de trop pour le faire vraiment bien. »

 

 Jack Kornfield

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Révélation

Révélation kermit

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Soyez heureux

     J’ai entendu un jour un commandement tout à fait étonnant de la bouche de Swami Prajnanpad. C’était à la fin de mon premier séjour auprès de lui, en mars 1965. Je m’étais mis en tête que, quand on avait rencontré son gourou, celui-ci devait donner une initiation en bonne et due forme, et notamment un « mantram ». Mais Swâmiji avait éludé mes tentatives en ce sens. Je m’y suis alors pris autrement et je lui ai demandé : « Je voudrais que Swâmiji, à défaut d’un mantram, me donne une formule qui résume tout son enseignement en quelques mots ». Il m’a répondu : « Oui, au moment de votre départ, Swâmiji vous donnera la formule ».

     Le jour de ce départ approche et un matin, après le petit-déjeuner, je vais dire au revoir à Swâmiji, assez impressionné d’avoir connu un sage qui parlait anglais, qui répondait à mes questions et qui me donnait un enseignement détaillé et méthodique. Et Swâmiji m’annonce : « Maintenant Swâmiji va vous donner la formule ». Il me regarde et il me dit assez solennellement mais en souriant : « Be happy, Arnaud », « Soyez heureux ».

      Je n’étais pas spécialement malheureux à ce moment-là, ma vie professionnelle s’était considérablement améliorée après des années assez dures à vivre, j’étais passionné par mes longs voyages en Asie, par les tournages de films, j’aimais beaucoup mon existence aventureuse et libre de cinéaste-explorateur, mais ce « Be happy, Arnaud » m’a fait éclater en sanglots. C’était si simple, si fort, si terrible que je l’ai senti comme un commandement solennel. Je n’avais pas envisagé la vie spirituelle d’une manière aussi directe et aussi simple. J’avais envisagé les états supérieurs de conscience, les Samâdhi, mais ces mots étaient totalement inattendus pour moi. Le but de la spiritualité était aussi simple que cela. Je ne pouvais ni fuir ce but ni tricher avec lui. Si je prenais Swâmiji au sérieux – et je prenais Swâmiji au sérieux – je ne pouvais plus oublier ces mots

 

Arnaud Desjardins

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Yoga

Derrière le rideau rouge toute une ville s’agite

Je fais grasse matinée mais tout ce bruit m’incite

A me lever en hâte, lolo, gym et Papa

Je file et me faufile jusqu’au cours de yoga

 

Assis dans nos transports, on survole la Seine

Les goélands nous accompagnent jusqu’à Vincennes

Et nous dansons sur scène au son des trompes et d’olifants

En ballet balayant les pensées des passants

 

Dans le métro je reste assis à observer

Les uns les autres qui tressautent et meurent d’envie

De connaître l’état qui n’a pas d’autre prix

Que d’asseoir à tout prix son serment de bonté

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Vénus

Le bourdon qui résonne dans ma cloche fêlée

Fait jaillir des rayons, musique de ma sphère

La boule à milles facettes, ma personnalité

Tourne sans s’arrêter au rythme de l’univers

.

Comme un diable à ressort s’agite en sur-place

Et maquille sa joie dans le palais des glaces

Où il cherche la femme fardée comme une toile

Au sortir de la boîte je découvre une étoile

.

Elle scintille de son unique face à moi

Me fait danser les yeux en tournis musical

Et la voix cristalline de la belle allumeuse

Remonte ma pendule jusqu’à l’heure heureuse

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Je suis parti

Je suis parti car son souffle sentait le soufre

J’étouffais et j’ai tout fait pour m’en sortir

J’ai respiré l’air pur en survolant le gouffre

Des souvenirs et des désirs j’ai pu guérir

 

Transperçant le dragon, j’ai tué le geôlier

La porte était ouverte, c’est simple la liberté

J’ai rejoint le merle qui au loin me chantait

Un air du Poète pour me réconforter

 

Aujourd’hui élevé au rang de simple simplet

Aux prisonniers en douce je fais passer la lime

Limez, de nuit, de jour, les barreaux de vous-même

Soyez libre de tout, il restera un «je t’aime»

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